Fin de cycle

D'autres poèmes

Atrophie

Nous avons désappris le vide fécondateur

Tous les soirs les écrans annulent nos pensées

Effrayés par les joies réelles et les regrets

Nous avons renoncé à toute vie intérieure

Acide Lysergique Diéthylamide

Dépouillé de tout attribut

Hors du temps, déchargé de but

Sous l’aube transfiguratrice

Face au sublime précipice

J’étais à côté de ma vie

Qui ne semblait plus si affreuse

Ni importante, ni finie

La vie n’était plus mystérieuse

Tout, pour une fois, était beau

Perceptions douces et implausibles

Présence pure et infissible

De l’autre côté du rideau

Psychose toxique

Une troisième nuit parfaitement infernale

Accroupi près du lit un couteau à la main

Ils viendront, je le sais, si je ferme les yeux

Je les entends qui rôdent, et leur souffle bestial

Je sais que cette nuit n’aura jamais de fin

Accroupi près du lit dans le noir monstrueux

Les gouttes dans l’évier clapotent, terrifiantes

Je suis paralysé et mon cœur me lancine

Leurs voix parlent de moi, elles prononcent mon nom

Je devine la fin atroce et imminente

Les bêtes ont soif de sang et des yeux de machines

Au moment opportun elles me démembreront

Bilan

Je vis dans une crasse solitaire et confuse

Cela fait des années que je n’ai pas fait l’amour

Je me défonce et baise ; des organes m’entourent

Après 48 heures l’atonie se diffuse

Dans le métro un couple m’observe avec pitié

Souriant bêtement, le cerveau liquéfié

Je hume l’épaisse odeur de ma transpiration

Je suis entré en voie de clochardisation

Je revois le visage fixe et doux de Bilel

Garçon un peu méchant et complètement perdu

Son père le maudissait d’être un homosexuel

Il avait 22 ans. Comme tant d’autres abattus.

J’ai fait le mal, mon père, et parfois à dessein

Je me suis cru oracle, génie persécuté

Je n’ai aucune excuse ; mes parents m’ont aimé

Et nous étions heureux ; nous avions les moyens

Quelque chose a changé à l’intérieur des hommes

Leurs regards sont nocturnes ; et la faim de mort nage

Dans les yeux primitifs privés de vrai langage

Les titans des massacres se grattent les scrotums

Mais tout cela, au fond, ne m’intéresse plus

Car j’ai trouvé refuge dans l’idylle vaincue

Je fais partie de ces minables satisfaits

Elle est entière en moi, l’époque que je hais

Retraite

Revenir comme le Fils perdu

Auprès de son père clément

Revenir en spectre fourbu

Épargné sans savoir comment

Reprendre les choses à zéro

Loin des sauvages dépravés

Loin des appâts fondamentaux

Réapprendre à vivre et aimer

Se promener comme un enfant

Dans la solitude bizarre

D’immobiles et vieux géants

Sur lesquels glissent des lézards

Retrouver les joies familiales

Un peu plus pâles et fébriles

Depuis les épreuves brutales

Depuis l’époque et ses périls

J’ignore les noms des oiseaux

Qui se séduisent et se rejettent

Mais je sais que les hommes végètent

Dans des isolements carcéraux

Les successeurs

Ma mère s’attristait de ce monde expirant

Je me ruais encore de l’amour à la rage

Du mal à l’euphorie, du délire au néant

L’homme a besoin d’un être aimant comme un mirage

Avec qui inventer une authentique vie

Cette lointaine idylle détruite ; malgré tout

Plus vibrante et plus proche que mes co-passagers

Inclinés et piégés dans leur réalité

Est-ce que cette fille brune aux yeux humides et flous

Sourira tout à l’heure en faveur d’un selfie ?

On s’essaie douteusement à l’approche fataliste

Pour nier nos cruautés et trouver le sommeil

Tu étais si charmant, singulier, égoïste

Nous devons parvenir au véritable éveil

Effacer du génome l’animal asservi

Il m’arrive de songer à nos proches successeurs

Asexués, pacifiés ; et leurs regards profonds

Aux pensées cristallines ; et leurs sourires rêveurs

Leurs esprits communiquent par illuminations

Leurs mondes intérieurs s’éploient à l’infini